Ankily, un modèle de renforcement de la résilience dans le sud de Madagascar

UNCT-MG-VivreContreActifs1-2017



23 août 2017

La population des régions du sud de Madagascar était, depuis 2015, plongée dans des difficultés d’accès à la nourriture et de malnutrition causée par une sècheresse récurrente. En 2016, les conséquences de la sécheresse ont été accentuées par les effets du phénomène climatique El Nino, laissant moins d’un million de personnes dans des difficultés alimentaires. Dans les districts les plus touchés, 80% des récoltes ont été détruites et les ménages étaient dépourvus de leurs moyens de subsistance.

Le district de Bekily auparavant le grenier à riz de la région Androy, une des régions du grand sud de Madagascar, n’était pas épargné par ce fléau. De 2012 à 2014, la production de riz du district se maintenait en moyenne à 7 000 tonnes par an, soit 72 % de la production totale de l’Androy. La production a baissé au fil des années à cause de facteurs défavorables à la production mais également les aléas climatiques. La production rizicole a chuté jusqu’à 3 624 tonnes en 2015 et à 3 216 tonnes en 2016, avec une diminution de moitié de la superficie cultivée.

La dégradation des infrastructures hydroagricoles et des pistes de desserte des zones productrices, le faible accès des producteurs à des semences, la sécheresse prolongée ces dernières années ont contribué à cette baisse des productions.

Le village d’Ankily est composé en grande majorité de ménages vulnérables. La plupart des foyers sont dirigés par des femmes seules, en moyenne entre cinq à douze enfants à charge. «Les hommes ont abandonné les terres devenues inexploitables, complètement asséchées depuis près de vingt ans, c’est à dire depuis que le barrage ne fonctionne plus», explique Zoto, mère de 11 enfants. Zoto a été sélectionnée pour participer à des travaux communautaires de réhabilitation d’un barrage de rétention d’eau et de construction d’un magasin de stockage des récoltes. Ces activités visent à soutenir le développement d’infrastructures agricoles communautaires.

Sous la coordination du Bureau National de Gestion des Risques et Catastrophes, le PAM, en collaboration avec son partenaire l’Association Multi Action pour le Développement Rural (MADR), a appuyé la réhabilitation d’un barrage hydro-agricole pouvant arroser 30 ha de rizières et la construction d’un magasin de stockage de 125 tonnes. Le PAM a également appuyé la construction d’un radier au niveau d’un tronçon de route menant vers le point de collecte des récoltes, facilitant ainsi le transport des produits agricoles. Plus de 50 millions d’Ariary soit environ 18 000 dollars ont permis de réaliser ces infrastructures avec le soutien financier de l’Agence américaine pour le développement international (USAID) et la Suisse. Les infrastructures réalisées permettent, à plus long terme, d’améliorer les conditions d’existence des ménages et de renforcer le développement économique de la zone à fortes potentialités agricoles.

L’équité du genre tout au long de l’action

Les participants à ces travaux sont constitués à 60 % de femmes. En contrepartie de la main d’oeuvre, ils reçoivent une assistance alimentaire sous forme de rations alimentaires familiales ou d’appui monétaire à raison de 60 000 Ariary, environ 20 dollars par mois.

Les femmes sont également représentées dans les comités de ciblage et de plaintes. «Comme le projet ne recrute qu’un seul bénéficiaire par ménage, la femme est toujours impliquée même si elle ne participe pas directement aux travaux. Elle accompagne son époux le jour de la distribution. Nous avons préconisé cette approche pour nous assurer que les vivres ou l’argent couvrent effectivement les besoins de la famille. Dans le cas où l’homme est momentanément indisponible dans les chantiers, il peut être remplacé par la femme en lui confiant des tâches adaptées», précise Tsiandroze Hericot, Responsable technique de l’association MADR.

Compte tenu de la présence d’un grand nombre de femmes chefs de famille à Ankily mais aussi de la forte volonté de la population de sortir d’une situation de vulnérabilité, le projet a été étendu et comprend à présent un volet Appui à la culture maraîchère en faveur de l’association féminine « Nasoavina ». A ce titre, le chef du village d’Ankily, Rabobavelo Jean, a facilité l’accès d’un terrain d’un hectare au profit de l’association. Le PAM finance la mise en valeur du terrain et la construction de deux bassins de stockage d’eau pour permettre aux exploitantes d’arroser leurs parcelles.

Avec un périmètre irrigable de 30 ha au total, la zone a un potentiel de production de 120 tonnes de riz pour les deux prochaines campagnes rizicoles prévues en novembre 2017 et en mars 2018 . Une collaboration avec l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture permettra de fournir aux producteurs des semences améliorées de riz de variété résistante et à cycle court. Aussi, l’espoir est permis pour la communauté d’Ankily d’en finir avec l’insécurité alimentaire et la pauvreté.