Antsiranana: Réinsertion d'enfants déscolarisés et impliqués dans le phénomène « Foroches » dans la formation professionnelle

Antsiranana, 2 août 2016

Antsiranana, chef-lieu de la Région DIANA, est une ville avec une population jeune. Diégo-Suarez a toujours vécu et fonctionné sur des bases de valeurs sociales fondées sur l’importance et la valorisation du « fihavanana » et du respect des « ray aman-dreny ». Malheureusement, depuis 2006, le phénomène « Foroches » s’est fortement développé dans la ville. Ce fléau de délinquance des enfants et des jeunes s’est aggravé au fil des années et a pris aujourd’hui une ampleur inquiétante mettant en péril une génération des enfants, la sécurité de la population, la paix sociale et les activités économiques.

Devant l’absence d’une étude fiable pouvant circonscrire le phénomène, le Bureau international du travail (BIT) a effectué en 2015 une étude afin d’en documenter les origines, les causes, les caractéristiques, les manifestations et les conséquences en vue de construire avec la Région DIANA, les notables, les enseignants, le secteur privé, les associations, les ONGs, les communautés locales, les fokontany, les enfants concernés eux-mêmes, et tous les autres acteurs de la ville d’Antsiranana, un plan d’action visant à l’éliminer à terme. En effet, le nombre d’enfants travailleurs dans la région DIANA est très élevé et avoisine le chiffre de 30 000, ce qui représente ainsi 15% des enfants entre 5 et 17 ans dont près de 75% effectuent des travaux dangereux.

L’étude fait mention d’un certain nombre de recommandations qui se reposent sur trois axes : (i) la prévention des enfants contre le phénomène à travers des actions de sensibilisation et d’encadrement social et culturel, (ii) le retrait des enfants et jeunes victimes pour les réinsérer et réorienter dans la vie sociale, éducative et professionnelle, (iii) l’amélioration de la gouvernance pour améliorer les cadres et systèmes juridiques et de sécurité.

Dans la mise en oeuvre de ce plan d’action, le BIT a procédé le 2 août dernier à Antsiranana au lancement d’une première action, fruit du partenariat avec le Centre de formation technique et professionnelle de la SECREN (CFTPS), visant à réinsérer 100 enfants déscolarisés et impliqués dans le phénomène « Foroches » dans la formation professionnelle. Les enfants sont répartis dans 7 filières selon leur choix, comme électromécanique, tôlerie, menuiserie bois, maçonnerie, moteur thermique à combustion, froid, tuyauterie. En plus de ces formations techniques, des formations basées sur l’accompagnement psychologique, le civisme, la citoyenneté et l’entrepreneuriat leur sont octroyées.

Durant la cérémonie officielle, le Directeur du Bureau Pays de l’OIT, Christian Ntsay, a félicité le leadership de la Région DIANA dans la lutte contre le phénomène de délinquance des enfants et des jeunes dans la ville d’Antsiranana et mis en exergue la nécessité de comprendre l’objectif recherché par tous en appuyant l’initiative de formation en faveur de ces 100 enfants ex-délinquants. Pour cela, il a mentionné qu’il n’y aura pas une paix durable sans justice sociale. Christian Ntsay a insisté sur le rôle déterminant de l’éducation et de la formation dans la réinsertion socio-économique de ces enfants en faisant appel à la responsabilité de tous pour la réussite de l’initiative, notamment pour leur accès au marché du travail après leur formation.

Le Chef de Région DIANA, M. Eddie Jean Aimé Tongazara, a souligné que cette initiative est d’une grande première pour la région et espère que d’autres partenaires et amis de Diégo-Suarez viennent accompagner la mise en oeuvre des autres aspects du plan d’action.